O10 Résurection - Le Roman

001

 

Le quartier s'éveille sur une nouvelle journée. La lumière chaude s'engouffre par le cadre de fenêtre de la chambre. Ce rayon chassant les ténèbres réchauffe les reins de l'homme s'activant avec délectation au jeu du sexe avec sa partenaire. Ce faisceau illuminait l'accord parfait de ce duo fusionnel. Il éprouve un plaisir sans fin d'éveiller son corps reposé avec la femme de sa vie. Le drap glisse au fur et à mesure de l'épanouissement de l'acte comme le rideau s'ouvrant sur une pièce sulfureuse. Le voile laisse découvrir ses deux êtres aux physiques agréables. Lui possédait le corps d'un homme qui ne se laissait pas aller, pas une trace de graisse, ses muscles étaient marqués sans l'ostentation d'un bodybuilder acharné. Il était plutôt fin et longilignes, ses cheveux discrets rasés de très près laissaient la place à des yeux bleus profonds. La courte chevelure joignait un bouc de même épaisseur par un collier barbu soulignant une mâchoire anguleuse. Elle possédait une peau caramel métissée par des parents de différents horizons, ses cheveux naturellement rebelles étaient d'un lissage artificiel impeccables, d'un noir d'encre ils tombaient soyeux en bas de sa chute de reins fine et creusée. Ses seins avantageux et ses fesses arrondies faisaient le bonheur des yeux de son mari. Leurs peaux luisaient, se fondaient l'un à l'autre dans un même mouvement. L'homme dressa son tronc dans un spasme ultime avant de retomber sur les seins généreux de sa femme profitant tout deux de la jouissance. Il savait que cet acte matinal allait lancer cette journée sous les meilleurs auspices. Il adorait faire ça le matin, ça vigueur lui semblait à chaque fois optimale.

Le couple satisfait se regardait dans les yeux d'une profondeur qui trahissait un amour incommensurable. Puis ils fixèrent le puits de lumière qui baignait leur chambre.

L'homme cassa ce moment d'agréable soupire en bondissant du lit.

"C'est pas tout ça, mais on n'est pas le week-end! Faut qu'on aille bosser! S'exclama-t-il.

Il tapota du bout du doigt plusieurs fois l'épaule de sa femme, chamaillerie qui l'énervait au plus haut point.

"Allez Marie! Debout, c'est fini le bon temps! On se lève, culotte sur les fesses, tailleur en bon et du forme et chaussures à talon aiguille.

"Arrête avec ton doigt Otis, ou je te le mange! Menaça Marie.

_ Ah oui! C'est comme ça, tu vas voire.

Otis souleva sa femme nue, la porta par-dessus son épaule et traversa la chambre vers leur salle de bain. Quand elle découvrit son attention, elle lui gifla les fesses. Sans réaction particulière, elle lui pinça les fesses.

"Non arrête fait pas ça! cria Marie.

Il ouvrit une grande porte vitrée et la déposa dans la douche, se colla à elle, la serra les mains sur les fesses et activa l'eau froide. La pomme déversa une pluie de gouttelettes fraiches qui surpris les corps, mais qui relança aussi l'excitation de Marie. Quand elle sentit la partie du corps de son homme qui ne pouvait pas trahir son envi, s'élever entre ses cuisses, elle se tourna, mis ses mains contre le carrelage ruisselant, et bomba ses fesses contre la taille de Otis l'appelant à une seconde salve.

 

Dans la cuisine aménagée, Marie se brulait la bouche en essayant de boire le plus vite possible son café sucré en agitant activement la main libre de la tasse comme si ce geste pouvait refroidir le liquide. Otis n'avait plus de place dans sa bouche pour le dernier bout de sa tartine à la patte chocolatée. Il se résolu à mâcher et à attendre d'ingurgiter le pain. Le temps réservé au petit déjeuné avait été fortement perturbé par les ébats précédents, ceux là même qui avaient vidé les dernières calories de leur corps. Ils ne pouvaient donc se passer de nourriture matinale sous peine de succomber à une fringale au travail.

La dernière goutte de café bue, Marie se refroidit la bouche au robinet de l'évier en avalant une rasade d'eau fraiche. Otis prit sa place quand la dernière miette de pain se décoinça de son gosier et bu une gorgée d'eau pour fluidifier la boule de pain avalée trop vite.

Ils se précipitèrent à l'entrée, se munirent chacun de leur mallette de travail, prirent leurs clefs de maison respectives dans le plat à clefs et sortirent sur le pas de la porte. Malgré le retard de chacun, ils n'oublièrent pas de s'échanger un long baisé langoureux, avant pour Marie de se jeter dans sa petite automobile citadine et pour Otis de s'élancer vers l'arrêt de bus le plus proche.

"Eh Marie! N'oublie pas pendant ta journée, et toutes celles à venir, que je t'aime plus que de raison, déclara Otis.

_ Moi aussi mon chérie.

_ A ce soir mon amour.

_ A ce soir!

 

Pendant qu'il arpentait le trottoir devant leur maison, puis traversait la route, il ne détacha pas le regard de sa femme. Il la contempla en train de s'installer en voiture avec la jupe de son tailleur qui remontait à ce moment là dévoilant l'élastique de ces bas. Un sentiment de regret et de manque traversa son esprit. Il repensa furtivement au plaisir sauvage de ce matin qu'il contrebalança aussitôt avec le fait d'aller bosser. Il observa la marche-arrière habile de sa femme et la voiture reculer sur l'allée du garage. Otis arriva à l'abri bus. Le prochain transport arriverait d'une minute à l'autre. Marie passa devant lui et le salua d'un léger cout de klaxon. Il lui envoya un baisé invisible flottant jusqu'à elle.

Otis pesa la chance qu'ils avaient en ce moment. Il baignait dans un bonheur presque inquiétant. Ils avaient tous les deux un métier intéressant dans le tertiaire et avaient bénéficié tous les deux à quelques jours d'intervalles d'une promotion. Ils s'étaient donc achetés un pavillon model dans un quartier résidentiel calme pour couples aisées, avec cuisine aménagée, jardinet, garage à porte automatique et un agent de sécurité qui tournait toute la journée. Otis avait sa carte de club au complexe sportif comprenant le golf, le tennis et la piscine. Il avait assouvi un rêve d'adolescent en s'achetant une Ford Mustang Shelby 500 GT qu'il ne sortait que pour des petites balades pendant des jours de congé. Il avait enfin reçu son entrée dans un cercle de Poker prestigieux au milieu d'adhérents avocats, chirurgiens et chefs d'entreprise. Il pouvait se payer des vacances au ski quand il le désirait. Sa femme était sublime, amoureuse, s'épanouissait aussi dans le sport et dans des activités ludiques avec ses copines. Il arrivait presque à se dire qu'il avait enfin réussi dans la vie. Mais à trente ans cette année, sa vie serait loin d'être la même jusqu'à sa mort.

L'arrivée du bus le sortit de sa torpeur. Les portes en accordéon s'ouvrirent avec un soupir pneumatique et Otis s'engouffra à l'intérieur de l'engin. Toujours le même chauffeur; Bob, toujours le même salut; "Salut Bob! Ça roule", toujours la même réponse "Oui, et toi?", toujours l'absence de réponse à cette question qui n'en attendait jamais une en générale, toujours le même siège où il s'installait; à peu près au milieu du bus. L'enivrant roulis du bus aux suspensions beaucoup trop souples avaient tendance à endormir Otis. Ses pupilles flottaient vers un point fixe qui n'avait aucune consistance pour son esprit embrumé. Ses paupières commençaient à peser sur ces yeux. Le doux visage de sa femme berçait son imagination.

 

Un bruit strident de freinage siffla à ses oreilles qui réveilla tous ses sens. Il tourna sa tête vers la fenêtre adjacente du bus en direction de la source du hurlement pneumatique. La cabine d'un camion déboulait vers lui.

Le poids-lourd percuta le bus part le côté, le creva, le plia et le déchira en deux. L'intérieur du bus implosa sous l'impact dégueulant les sièges, les bagages à main, crachant les passagers, le verre, le plastique et l'acier sous une pluie d'étincelles.

L'image de la calandre du camion fut la dernière pour Otis avant le voile noir… Le tunnel sombre de la mort…

 

Otis était mort!

 

***

 

Où est donc cette fameuse lumière au fond du tunnel qui accueille le nouveau défunt dans le monde des ombres? Rien de tout cela pour Otis. Après le voile noir, il y eut une inconscience très courte, un doux rêve, la vision féérique de sa femme, puis un flash de lumière.

Il vit enfin le tunnel, pu en décrypter les contours et les formes, le toucher. Ce n'était pas en nuages, en pierre noire, en matière plasmatique ou fantamagorismique, c'était un tube de verre. Une multitude de lumière s'allumèrent au dessus de sa tête projetant une pluie de couleur scintillante sur son crâne.

Mais ce n'était pas le passage du monde des morts, ce n'était pas un rêve! Ce qu'il touchait était réel, le verre transmettait sa fraicheur à la peau de ses doigts, son contact laissaient ses empreintes givrées. Il ressentait de plus en plus ce froid qui engourdissait son corps. Plusieurs pointes électriques douloureuses lui transpercèrent la cervelle lui exorbitant les yeux. Un spasme horrible lui arracha le cœur et y jaillit un flot brûlant dans toutes les veines et artères de son corps. Il ressentait la douleur. Ce n'était pas un tunnel, mais une sorte de sarcophage avec un capot translucide. A travers le verre, ce n'était pas le paradis mais une grande pièce où étaient entreposés d'autres corps conservés. Les petites lumières n'étaient pas les signes avant-coureurs de l'accueil dans le monde de Dieu, mais des diodes allumées par des senseurs dansant au rythme d'un programme de réactivation du caisson. La manipulation d'un ordinateur extérieure avait réveillé la réanimation des fonctions vitales d'Otis. Sa vue, encore trouble, se précisa de seconde en seconde. Il posa ses mains ankylosées sur son torse, sentit sa sueur sortir de ses pores, une peau lisse sans aucune pilosité, le battement emballé de son cœur.

 

Otis était vivant!

 

Il était allongé sur une surface plane en plastique noir. Collée à celle-ci, une longue bande molletonnée épousait le contour de son corps pour le maintenir en position. Il était entièrement nu, tous les poils avaient été radiés de sa peau. Un lourd système mécanique vrombissant englobait son bassin, son pénis et son rectum. En sortait deux longs tubes flexibles qui disparaissaient sur la paroi à ses pieds. Une sensation désagréable de succion froide provoqua une érection incontrôlée et douloureuse. Ses capacités de déduction revenant lentement, il comprit que cette machinerie était chargée d'évacuer ses urines et excréments. Un gros brassard d'acier était serré autour de son bras droit, équipé de diodes lumineuses et de compteurs numériques. Ce système devait lui injecter les éléments nutritifs nécessaires à sa conservation. Une multitude de patchs recouvrait son corps dardés d'une petite antenne. Ses capteurs devaient émettre les constantes vitales de son corps en hibernation à un ordinateur central. Recouvrant toutes ses aptitudes, une sensation d'oppression et de claustrophobie commença à le terroriser. Des questions à foisons embrouillèrent sont esprit dont une pouvait résumer toutes les autres; "Qu'est ce qui se passe?". Tous ses muscles réagissaient avec lourdeur, surement atrophiés par le temps passé ici sans aucune activité physique.

La peur s'insinua en lui, il souleva péniblement ses bras et tapa sur le capot transparent. Il poussa de toutes ses forces le bas du caisson avec ses pieds étant une réaction parfaitement illogique comme cette boite était un bloc de métal uniforme. La seule sortie était le couvercle en verre.

 

Soudain une lumière verte noya la boite et l'aveugla, le capot désengagea bruyamment une multitude de sécurités invisibles à l'œil d'Otis, pivota lentement et s'arrêta quand il forma un angle à quarante cinq degrés avec la table d'allonge. Une agréable chaleur envahit le cercueil et transforma tous le givre en eau, il dégoulinait de sueur. La température ambiante de la pièce, l'oxygène naturel de l'air et l'odeur des produits stérilisants achevaient le retour d'Otis à la vie. Son corps ankylosé ne put respecter sa volonté de se redresser. Il patienta pour retrouver un souffle, un rythme cardiaque et une vivacité musculaire normaux. La densité de gravité lui semblait beaucoup plus élevée qu'il ne l'avait connu. Sa culotte d'acier hygiénique s'ouvrit comme une huitre laissant apparaitre le raccord emmanché sur son pénis et la cuvette ventousé sur ses fesses. Il tira avec difficulté sur le tube des urines, son pénis en érection était compressé dans le manchon serré. Il l'enleva avec soulagement constatant la congestion du membre dressé, état physique complètement incongru dans la situation présente. Il semblait être le seul muscle de son corps en pleine prédisposition. Puis il força sur le système des excréments qui sauta comme un bouchon de champagne. Il avait l'impression qu'on lui avait aspiré le rectum. Otis chercha le moyen d'ôter son brassard mais ne trouva aucun système d'ouverture. Il agrippa les rebords du sarcophage et s'assit.

Il fit face à une rangée de fenêtres qui s'élevait du sol en résine à la voûte. La hauteur de plafond étant impressionnante donnant aux vitres un aspect de cathédrale. Chacune d'elle était séparée par une arche en acier partant de leur pieds jusqu'en haut du mur opposé dans son dos. L'espace était relativement étroit entre le mur des vitres et son opposé laissant la place juste à la longueur d'un sarcophage et d'une allée d'accès. Par contre la rangée de blocs d'hibernation s'étendait à l'infini de part et d'autre d'Otis. Il n'en voyait pas le bout.

Il hissa ses pieds par-dessus le rebord de la boite en métal et laissa tomber ses jambes jusqu'aux genoux. Il appuya son dos contre une paroi et s'éjecta par un effort incommensurable de son cercueil. Il ne se réceptionna pas comme il l'avait désiré, ses jambes réagirent comme de la guimauve. Il tituba, perdit l'équilibre et évita la chute en se soutenant contre l'immense vitre qui lui faisait face. Son corps était plaqué contre la matière translucide provoquant un frisson qui le parcourra de l'échine aux oreilles.

Ce qu'il vit à travers le bouleversa au plus haut point, ses jambes cédèrent sous le choc et il s'écroula à genou, la peau du front couinant contre la vitre.

 

Il vit une ville à l'architecture complètement inconnue pour lui, composé d'une multitude de tours effilées en verre et en métal lancées vers les nuages. La tour où il se trouvait lui-même semblait flotter dans les airs, il ne put distinguer le sol de la planète. Un réseau tortueux de passerelles, de routes, de voix de transport en commun tissait une toile aux pieds de ses tours. Des tubes translucides de différents diamètres couraient le long des façades, les plus petits transportaient des personnes comme un ascenseur et dans les plus gros circulaient verticalement des véhicules magnétisés. Ce qu'il prit pour des oiseaux un instant étaient des véhicules volants. Ces engins respectaient des voix de circulation sur les trois dimensions de l'espace.

Otis tata la surface de la vitre pour vérifié que ce n'était pas un écran plasma ou LCD diffusant un film de science-fiction. Non tout cela était réel.

Cette vision irréelle était insoutenable et il se retourna pour retrouver un semblant de réalité. Il s'appuya contre son sarcophage. Sur le clavier du moniteur informatique gérant le système de ce frigo pour humain était posé un pantalon et un maillot blanc. Juste en-dessous, au sol se trouvait une paire de chausson blanc. Otis en conclue que ces habits lui étaient destinés. Le blanc immaculé de ses vêtements lui redonna la sensation d'être à nouveau un être humain et non plus un morceau de viande congelé.

 

Soudain un gyrophare strident et aveuglant surgit de l'autre côté de la vitre. La lumière couvrait un véhicule flottant, vrombissant. Ces réacteurs ne rejetaient aucune fumée, flamme ou courant d'air mais faisait trembler toutes les fenêtres de son étage. Le flan de l'aéronef était flanqué de l'inscription "Police Air".

Une voie amplifiée venant du véhicule parvint à Otis.

" Matricule O10, veuillez ne pas bouger! Vous êtes en état d'arrestation! Allongez-vous face contre sol, les mains sur la tête.

_ Qu'est que ça signifie?

_ Toute résistance ou fuite serait inutile! Obéissez!

Otis s'approcha et tapa violemment des deux poings la vitre.

_ Mais qu'est ce que j'ai fais? Hurla Otis. Que ce passe-t-il? Que l'on me donne des explications, bon sang.

La portière arrière de l'aéronef coulissa laissant place à deux hommes en uniforme braquant leur fusil d'assaut sur Otis. Deux points rouges parcouraient nerveusement son torse comme deux lucioles. L'un des deux policiers lui signifia d'un geste de la main de s'allonger.

" Sortez- moi de ce cauchemar, soupira Otis.

Il s'exécuta et se plaqua sur le sol en résine. A quelques mètres de lui une porte de la pièce coulissa automatiquement. Deux autres individus entrèrent dans la salle des sarcophages. Leurs uniformes n'avaient rien de commun avec les policiers. Dans ce monde futuriste, leurs costumes paraissaient surgir de l'antiquité. Ils portaient une armure rouge écarlate d'une matière métallique synthétique légère. Leurs têtes étaient masquées par un casque imposant en ogive surmontés par une crête de poils durs et sombres. Seul l'éclat des yeux transparaissait par l'ouverture en forme de croix. Une longue cape de velours noir leur couvrait le dos des épaules aux pieds. A l'une de leur main, une longue lance menaçante faisait office d'arme. Aux extrémités de celle-ci, une boule incandescente grésillait.

" Qu'est ce que c'est que ces gugusses! Vous sortez tout droit d'un tournage de péplum, ou quoi? S'exclama Otis. C'est bon, vos collègues m'ont déjà dis de me tenir à carreau.

_ Veuillez-vous éloigner du prévenu! N'approchez-plus sinon nous n'hésiterons pas à faire feu! Hurla la voie du véhicule de police.

_ Qu'est ce que ça veut dire, ces costumés ne sont pas avec vous.

 

La boule rougeoyante d'une des lances se transforma en petit soleil. Le guerrier écarlate fouetta l'air de son arme et la boule de feu traversa la pièce, éclata la vitre et percuta l'aéronef qui s'enflamma aussitôt. Une explosion à l'intérieur expulsa les deux policiers visibles contre la façade avant de disparaitre dans le vide. Un autre homme en flamme s'éjecta par la portière avant en espérant atteindre le rebord de la fenêtre. Il rebondit contre la tour et tomba en torche. Le véhicule pencha par l'avant, les réacteurs calèrent et après une autre explosion interne il disparut dans le vide.

Otis regarda la scène subjugué.

Une intense chaleur et un bourdonnement fort au-dessus de sa tête reporta à nouveau son attention sur les guerriers écarlates. La sphère d'énergie brulante était maintenant proche de son visage. L'homme en armure pointait sa lance sur lui patientant la charge maximum de son arme. L'incandescence de la boule projetait sur Otis une lumière rougeoyante, puissante qui l'obligea à fermer les yeux.

_ Bon sang, que me voulez-vous? demanda Otis apeuré.

_ Désolé mon gars, nous n'avons rien contre toi, mais nous ne devons laisser aucune preuve vivante. Ton ADN suffira à t'identifier, c'est tout ce qui compte pour nous, informa le guerrier en retrait.

_ Pourquoi moi?

_ Et pourquoi pas toi? Tu as juste été tiré au sort parmi les hommes de 25 à 35 ans en bonne conservation dans ce Cryotarium.

_ Quel est le gros lot que j'ai gagné?

_ Le droit de mourir et d'être l'homme le plus détesté de l'Union.

_ Quand aurait été-t-il possible? Je ne viens même pas de ce présent. J'ai 30 ans et je pensai être mort en 2008. Et maintenant, en quelle année est-on.

_ En 2298!

Cette annonce laissa Otis bouche-bé.

"Ta vie de 320 ans a été assez remplie, il est temps de mourir."

L'assassin brandit le côté solaire de sa lance au-dessus de lui. Otis à genou, tête baissée, le menton reposé sur le sternum, tremblant, s'abandonnait à mourir.

 

Une détonation retentit! C'était pour lui! Non, Otis n'entendait plus le bourdonnement ni ne sentait de chaleur sur sa tête. Le guerrier avait-il raté son coup, ou pris d'un subit remord il décidait de lui laissé la vie sauve. Un cri étouffé et le bruit d'un corps s'effondrant prêt de lui, le sortirent de sa torpeur. Il ouvrit ses yeux noyés de larmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

002

 

Son assassin était foudroyé au sol. Son acolyte était à couvert derrière un sarcophage. Le capot translucide explosa à l'impact d'un jet laser l'arrosant d'une pluie de verre. Le guerrier contra en fouettant sa lance vers l'entrée qu'ils avaient ultérieurement empruntée. La boule d'énergie embrasa l'encadrement de la porte.

Une femme jaillit des flammes. L'apparition d'un ange noir plongeant avec souplesse derrière un sarcophage donna une autre perspective à la scène. Un échange de tir entre les deux protagonistes transforma la pièce en champ de bataille. Le métal fondu, les étincelles, les faisceaux laser, les boules de feu, les explosions dansaient devant le regard médusé d'Otis.

"Couvre-moi! hurla la femme.

Un autre tireur passa sa main armée par l'ouverture de la porte et bombarda l'abri du guerrier écarlate de jets laser. La jeune femme profita de ce tir de barrage, s'élança, prit appui de la jambe droite sur le monitoring de conservation et bondit dans les airs, au-dessus du sarcophage et du guerrier écarlate comme une torpille. Elle se réceptionna, sans bruit, comme un félin, à quelques centimètres d'Otis. Ce vol plané l'émerveilla, vécut au ralentit. Accroupie prêt de lui, le temps semblait figé.

Ses longs cheveux noirs retombaient sur ses épaules et devant son visage. Elle portait une combinaison intégrale en cuir moulant son corps de déesse guerrière. D'un mouvement vif de la tête, elle dégagea les cheveux qui lui masquaient le regard. Des yeux vert clair illuminèrent son visage, ses paupières en amande renforçaient cette impression féline. Ses lèvres pulpeuses étaient pressées au sang par des dents parfaitement blanches et des canines hypertrophiées. Son corps fin et musclé débordait d'une féminité animale excitante de part ses seins voluptueux et ses fesses rebondies renforcés par les reflets de la matière de la combinaison. Bottes et gants de cuir noir, elle semblait surgir de l'ombre.

Dans un souffle, elle pointa son arme sur le guerrier rouge et lui brula le cerveau. Il n'avait pas eu le temps nécessaire pour se retourner et fouetter sa lance vers l'ange protecteur d'Otis. Le guerrier écarlate, le casque troué et fumant s'affala sur le sol.

"C'est bon, le terrain est nettoyé, s'exclama la jeune femme.

Deux hommes entrèrent dans la salle du Cryotarium. L'un était un géant, une masse de muscles surplombée par une tête rasé de poupon, l'autre était de la taille d'Otis, barbu, portant un dispositif de vision sur le visage (surement un appareil de vision nocturne).

"Jolie travail Séréna! Complimenta le géant.

_ Pas tout de suite, nous ne sommes pas tiré d'affaire!

Séréna toujours accroupie se tourna vers Otis. Dans le mouvement, les cheveux soyeux de son ange-gardien caressèrent sa joue. Le délice de la matière et l'odeur de fruits sauvages lui décochèrent un frisson de plaisir dans l'échine.

"Otis" appela Séréna.

Otis pensait avoir enfin passé le tunnel du Paradis. Il était reçu avec mention après cette épreuve lancée par Dieu lui-même pour mériter son passage sur la terre du Bien à la main d'un ange d'une beauté envoutante.

"Otis! Otis! Revenez à vous!

_ Oui! C'est moi. Nous allons au jardin d'Eden tous les deux.

Une violente brulure parcourut sa joue gauche provoquée par une gifle de la jeune femme. Otis revint à la réalité.

"Aïe! Vous n'êtes pas un ange?

_ Levez-vous, nous devons fuir de cette tour si vous tenez à la vie, dit Séréna. Bref présentation, moi je suis Séréna, lui c'est Goloth dit la Montagne et lui c'est Alverth.

_ Séréna, le détecteur indique l'arrivée imminente d'un bataillon de la Sécurité du CRYO (Cryogénisation Réparation Ypnos* Organisme) au bout du couloir. Faut qu'on y aille, sinon notre unique sortie sera bouchée, prévint Alverth.

_ On dégage!

 

* Ypnos: tiré du nom Hypnos, dieu grec du sommeil. Système technologique de cryogénisation et de réparation organique.

Séréna prit la tête du groupe et sortit de la salle des sarcophages. Otis suivait tant bien que mal encadré par Goloth et Alverth qui fermait la marche. Ils avançaient à pas forcé dans un long couloir couvert de plaques de métal qui longeait la salle de cryogénisation. Les deux siècles d'immobilisation commençaient à peser sur le physique approximatif d'Otis. Malgré une alimentation automatisée et des stimuli musculaires quotidiens, il commençait à souffrir de crampes et d'une fringale. Goloth sortit une barre vitaminée de sa poche de pantalon et l'a tendu à son protégé.

"Tient! Mange! Faut que tu absorbes du sucre. On veut que tu puisses continuer à courir.

_ C'est une très gentille attention, me filer un Twix® alors que je risque la mort trois cent ans après mon dernier cassoulet et ma dernière nuit dans mon vrai chez moi, grogna Otis.

_ Mange! Imposa Goloth.

Otis s'exécuta et apprécia finalement le gout du chocolat et du sucre dans sa bouche. Le gout était un sens qui n'avait plus été activé depuis sa mise en hibernation. Les saveurs étaient encore plus puissantes qu'avant. Son cerveau rebranchait les synapses inertes de la gourmandise.

Une ligne brulante frôla sa tête et lui claqua le tympan pour s'échouer dans une gerbe de métal fondu sur la paroi gauche du couloir. Une goutte incandescente lui transperça la peau de la main et se solidifia dans la chair. Il secoua sa main de douleur en essayant d'évacuer le corps étranger mais il était encré dans son épiderme.

Le groupe du fugitif était à porter de fusil. Ils commençaient à se courber pour éviter les jets lasers. Ils arrivaient au fond du couloir, Séréna dégaina son arme, changea le réglage de tir en tapotant un code sur le chien et tira droit devant elle. Un projectile de la taille d'un point fila laissant derrière lui une trainée de feu. Une grosse explosion défonça la porte coulissante, le souffle arrêta la course d'Otis qui butta sur le torse d'Alverth. Il le remit tout de suite dans le sens de la course. La jeune femme et les trois hommes passèrent le pas de la porte, protégé des tirs des poursuivants. Alverth sortit deux engins aimantés de ses poches et les colla de part et d'autre du hall d'escalier. Puis ils s'engouffrèrent dans une cage d'escalier. Otis avait remarqué l'opération d'Alverth.

"Qu'est ce que tu as mis? Ce sont des bombes? cria Otis.

_ Des mines magnétiques à détection de présence, confirma Alverth.

_ Mais non! Des gens vont mourir à cause de moi!

Séréna stoppa sa course à l'écoute de ses mots, se tourna, prit Otis par les épaules et le plaqua contre le mur.

_ Otis! Des personnes sont déjà mortes pour toi, et ce n'est pas fini. Ressaisit toi, fait nous confiance et suit nous!

Une déflagration secouant l'escalier conclut la phrase de Séréna.

_ Pourquoi doit-il y avoir des morts pour ma personne?

_ Nous te l'expliquerons dés que l'on t'aura fais sortir d'ici, promis.

Le groupe continua une descente effrénée par des escaliers interminables.

_ Un autre bataillon va nous couper la route au 232ème étage, informa Alverth.

_ C'est-à-dire à deux niveaux d'ici, continua Goloth.

_ Ok! Accroche le harnais à notre ami et prend le sur ton dos, demanda Séréna à la Montagne.

_ Ce n'est pas la peine, je peux encore marcher.

_ Qui te dit que l'on va marcher? Dit Séréna.

Cette question ne lui disait rien qui vaille.

Goloth enfila une large ceinture autour de la taille d'Otis, fixa un des mousquetons sur une des boucles de la ceinture et un autre au harnais de la Montagne. Puis Goloth souleva Otis aussi léger pour lui qu'une brindille.

_ Accroche-toi bien à mes hanches, demanda Goloth.

Otis essaya mais il n'avait pas une envergure de bras suffisante pour atteindre les deux hanches.

_ Il se passe quoi maintenant? Demanda Otis apeuré.

Alverth installa des grenades magnétiques sur tout le périmètre du niveau où ils étaient.

_ C'est prêt! On remonte un niveau, confirma Alverth.

Le groupe remonta plusieurs marches. Ils fixèrent chacun un mousqueton à la rambarde de l'escalier.

_ Attention tout le monde est prêt pour une descente infernale, prévint Alverth.

Il actionna un bouton sur une minuscule télécommande qui tenait dans le creux de sa main. Une déflagration s'en suivit faisant gronder la cage d'escalier.

Soudain les marches se dérobèrent sous leurs pieds. L'escalier s'effondra sur plus de cinq niveaux emportant le groupe de fugitifs et le bataillon de la sécurité dans le vide, sauf que Séréna, Goloth, Otis Alverth était assuré par leur corde accrochée à la balustrade. Tandis que les membres de la sécurité du CRYO s'écrasèrent vingt mètres plus bas disparaissant dans les tonnes de gravas, le groupe descendit à une vitesse folle donnant le sentiment à Otis qu'ils étaient en chute libre. Un gros freinage de Goloth en resserrant sa corde à quelques mètres du sol provoqua un haut le cœur à Otis.

_ Et vous aviez prévu que la rambarde résisterait à l'effondrement? demanda affolé Otis.

_ Non! Nous avons eu la chance avec nous, répondit Séréna.

Le visage d'Otis se décomposa face à cette prise de risque sans aucune appréhension de la mort.

Un râle de douleur attira son attention. Un agent de la sécurité à moitié enseveli par les dégâts de l'explosion était encore conscient. Otis s'agenouilla près de lui.

_ Cette homme souffre énormément! Venez m'aider à le tirer de là, interpella Otis.

_ Otis, laisse-le! On doit se casser d'ici au plus vite, cria Séréna.

_ Mais il va mourir si on le laisse là.

_ Ces collègues ne sont pas loin, ils vont s'en charger et si nous sommes encore là, ils vont aussi se charger de nous trouer le cul!

Goloth agrippa le bras d'Otis, le releva et le força à avancer.

Le groupe reprit sa fuite en dévalant les marches de cet escalier interminable.

Après plusieurs minutes de descente, Alverth fit signe de s'arrêter.

_ Nous avons à nouveau des emmerdeurs en-dessous nous, ils sont trop nombreux. Il faut que l'on quitte la cage d'escalier.

_ Nous sommes où exactement? Requit Séréna.

_ Au 158ème niveau.

_ C'est bon! Nous avons atteins les niveaux des parkings d'aéronefs. Il communique entre eux par des passerelles pour les véhicules roulants. Et notre point de fuite ce trouve au dernier niveau de ces parkings.

_ Encore dix étages à descendre Otis, on y est presque, encouragea Goloth.

Séréna ouvrit la porte de service et déboula dans le parking. Il n'y avait aucune cloison à l'étage, seulement des piliers métalliques. La hauteur de plafond était énorme, s'élevait au moins sur quatre niveaux standards. Les murs extérieurs étaient en parti inexistant pour laisser l'accès aux machines volantes. Otis découvrit une collection d'engin qui l'émerveilla semblant sortir de ces films de science-fiction préférés.

_ Cool! On va emprunter une de ces merveilles pour s'échapper d'ici? Demanda Otis.

_ Surement pas! Si nous faisons ça, nous aurons toutes la flotte de l'Air Police sur le dos. Et il nous agripperons avec un flux magnétique, explique Séréna.

Otis n'était pas sur d'avoir tout compris mais il acquiesça de la tête. Le groupe reprit leur pas de course en essayant de se camoufler derrière les véhicules pour éviter au maximum de se montrer au caméra et senseur de surveillance. Leurs efforts étaient vain car des sondes-caméra volantes surgirent dans le parking. Elles orbitèrent autour du groupe.

_ Merde! Ils nous ont fixé, pesta Séréna.

Elle dégaina et explosa la plus part des sondes.

_ On se grouille de descendre de niveau avant que les sondes armées n'arrivent.

Deux aéronefs de l'Air Police abordèrent et accostèrent lentement. L'encombrement des stationnements jouait en faveur des fugitifs. En restant en vol statique à quelques centimètres du sol, les engins déversèrent une douzaine de policiers lourdement armés. Heureusement les fuyards entamaient déjà la descente de la passerelle pour accéder au parking du niveau inférieur. Les aéronefs de l'Air Police quittèrent l'étage où ils avaient déposé leur corps armé pour retourner dans les airs de la ville en essayant de suivre et d'informer en directe de la cavale.

Au niveau inférieur, les policiers avaient aussi descendu la passerelle et avait leur cible à porter de tir. Pour éviter d'être atteint, le groupe se faufila entre les rangées d'aéronefs. Mais les jets laser commencèrent à fuser s'échouant pour le moment contre les véhicules. Des plasto-vitre explosaient, des selleries prenaient feu, des réservoirs explosaient faisant échouer certain véhicule au sol dont leur pied d'amarrage avait cédé.

Une décharge passa à quelques centimètres de Séréna et percuta l'arrimage d'un luxueux aéronef noir. Il bascula dangereusement à leur passage menaçant de les écraser contre le voisin métallique volant. Goloth saisit Otis par la culotte et le projeta dix mètres devant pour lui éviter l'obstacle, puis il plongea de toutes ses forces et se brula la peau des coudes à sa réception sur le béton. Séréna, d'une cabriole féline glissa sous la menace. Alverth fermant la marche, s'était arrêté avant la renverse. Une fois l'engin immobile à terre, il grimpa dessus, progressa sur le capot, le toit, les réacteurs, pour atteindre ses amis. Cette attente lui avait donné une dizaine de mettre de retard sur la tête du groupe.

La poursuite entre les policiers et les fugitifs continua neuf étages durant. Ils ne leur restaient plus qu'un niveau avant d'atteindre leur point de fuite définitif. Séréna ce tourna vers ses amis et leur pointa du doigt trois petites boules métalliques avec un dard flottant dans leur direction.

_ Voilà les Sondes Armée! Tous à couvert! Alverth! C'est à toi de jouer.

Séréna, Goloth et Otis s'assirent au sol protégés derrière une carrosserie. Alverth fit de même derrière un autre véhicule à peu plus en arrière. Il sortit une petite console plate de son sac à dos. Il mitrailla le clavier de ses doigts. Une petite antenne surgit de la console et dirigea sont extrémité vers les S.A.

Ces engins de mort automatisé tirèrent plusieurs charges sur les engins attirés par la chaleur des corps.

Alverth continuait à martyriser les touches.

_ Grouille toi Alverth, marmonna Séréna. Les flics d'un côté, les boules de billard de l'autre, ça commence à être chaud.

Alverth valida une opération et aussitôt les S.A. stoppèrent leur tir. Elles passèrent leur chemin et se dirigèrent vers les poursuivants.

_ Que s'est-t-il passé? demanda Otis incrédule.

_ Alverth est l'un des meilleurs pirates systèmes de la Résistance, répondit Goloth. Regarde ce qu'il est capable de faire.

Les S.A. se jetèrent sur les policiers et provoquèrent un massacre dans leur rang.

_ Allez, on s'arrache! On y est presque, coupa Séréna.

_ Allez-y, je reste là quelques secondes pour assurer notre fuite, dit Alverth. Je vais en finir avec l'arrière garde.

_ OK, mais ne tarde pas trop à nous rejoindre.

Dans les airs les aéronefs de l'Air Police s'affolèrent, ils s'insinuèrent en vol rasant dans le parking pour récupérer les rescapés des S.A. A l'arrière dans l'un des véhicules flottant, le copilote ouvrit sa portière et lança une grenade à flux magnétique de faible charge. Il n'y eu aucune explosion, juste un sifflement. Après la décharge silencieuse, les S.A. cessèrent toutes activités et tombèrent au sol, roulant comme de vulgaires billes. Le flux magnétique avait paralysé toute l'énergie électrique des boules automatiques. Cela avait aussi provoqué l'arrêt total des armes et des moyens de communications des policiers encore debout, donc plus moyen pour eux d'assaillirent les fuyard par le feu. Seuls les aéronefs avaient une protection particulière contre cette arme.

Alverth n'ayant plus le contrôle des S.A. se releva et repris sa course pour rejoindre ses compagnons.

Séréna, Goloth et Otis se retrouvaient dans une situation assez inespérée, ils étaient seuls au dernier niveau de leur fuite.

_ Il y a un truc que je n'ai pas pigé depuis tout à l'heure, si nous sommes au 148ème étage si je calcule bien et que c'est l'objectif de notre fuite, comment sortons-nous de cette tour? En volant? Réclama Otis.

_ Il y a un peu de ça? répliqua Séréna.

Elle dirigea les membres de son groupe vers le bord de l'étage. Le vent fouettait les visages à l'approche du précipice.

Séréna régla son arme en mode lance-grenade. L'Air Police surgit à quelques mètres d'eux dans un tourbillon d'air. La jeune femme ne laissa pas les aéronefs les mettre en jouc, elle tira deux grenades chacune sur un des deux engins de police. Les explosifs éclatèrent les capots projetant une gerbe de feu et de fumée. Aussitôt ils perdirent de l'attitude et disparurent sous leur ligne de vision.

Séréna, les pieds au bord du vide, courba la tête pour regarder vers le bas. Elle vit les parachutes de secours se déployer au-dessus des engins en perdition. Elle porta son attention sur ce qui l'intéressait vraiment. Sur sa droite une grande arche concave s'élançait vers le bas formant dans sa partie haute une sorte de toboggan sur une trentaine de mètres. A la fin de la courbe, la dé bouchure d'un tuyau concluait et s'enfonçait à la vertical vers les abimes de la ville. Un mécanisme portatif avait été préalablement installé au sommet de l'arche. Cela ressemblait à une luge dont les roues étaient montées serrées contre la poutre métallique de l'arche comme un wagon sur ses rails. Séréna prit appui de sa main gauche contre un pilier qui soutient le plafond et se pencha dans le vide et attrapa la luge de l'autre main. Elle débloqua les freins et tira la luge le plus prêt possible du bord de la tour. Comprenant l'opération, Otis regardait la préparation sans trop croire ce qu'il voyait.

_ Vous espérez monter à quatre sur cette minuscule patinette, glisser le long de cette poutre suspendu dans le ciel et disparaitre je ne sais où dans ce tube qui tombe à pique.

_ Oui c'est bien ça! Goloth accroche le mousqueton de son harnais à la luge, ordonna Séréna.

_ Mais merde! La luge, c'est pour les sports d'hivers, sur la neige… brailla Otis.

Goloth attira Otis plus prêt de la bordure pour gagner du mou sur la corde. Le regard d'Otis plongea dans l'abime et un violent vertige le déséquilibra. Son ange protecteur le rattrapa et l'assit sur le l'engin approximatif. Otis se tourna vers ses compagnons et les fixa droit dans les yeux pour évacuer sa vision du vide. Il aperçut Alverth qui les rejoignait.

Soudain, il vit une lame incandescente traverser l'épaule droite du pirate informatique. Son cri de souffrance alerta ses amis. La lame ressorti sans laissé la moindre marque de sang. La lame énergétisée à plusieurs milliers de degrés avait cautérisé instantanément les bords de la blessure laissant un trou béant dans les chairs. On pouvait voire à travers. Alverth chuta, mais rampa rapidement au sol pour être hors de portée d'un autre coup de lance. Il se remit sur ces pieds et se précipita vers ses compagnons. Derrière lui, une femme élancée et fine, vêtue d'une combinaison de cuire rouge, renforcée par une cuirasse légère élégante au niveau du torse, menaçait le groupe de sa lance. Son visage était masqué par un casque aux formes antiques comme celui que portait la déesse grecque de la guerre; Athéna. Ses longs cheveux blonds dépassaient du casque longiligne dont les extrémités arrondies posaient à la base de sa poitrine. Visuellement tout le monde fit le rapprochement avec les deux guerriers écarlates de la salle des sarcophages. Elle s'avança en faisant tournoyer sa lance à la lame rougeoyante. Les mouvements élégants et rapides de l'arme décrivaient des arcs lumineux dans la salle sombre.

_ Bravo, vous êtes arrivé jusqu'ici, mais pour vous c'est la fin du voyage. Abandonnez-nous cette loque humaine et qu'on en finisse, clama la femme aux couleurs sanguines.

_ Jamais, il est la clef de voute du changement, cria Séréna.

Elle avança de quelques pas et alla au devant de son ennemie. Elle passa devant Alverth meurtri. De cette façon, elle le couvrait.

_ Finis d'installer notre invité! Aide Alverth à monter et prépare toi à nous éjectez, dit Séréna à Goloth.

Séréna pointa son arme sur cette femme inquiétante. Avant même l'immobilisation de la cible, la guerrière glissa d'un pas sur la droite dans un souffle et gifla sa lance sur Séréna. D'une précision redoutable, la pointe désarma le blaster laser des mains de Séréna.

_ Jamais vous ne sortirez d'ici vivant, menaça la guerrière écarlate.

La lance avait fondu une partie de la crosse endommageant surement le canon de l'arme. Etant inutilisable, elle ne se précipita pas dessus mais sortit un long poignard de sa botte droite. Elle se mit en position de combat, montant sa garde avec l'arme blanche, les jambes écartées, des appuis légers et souples prêts à réagir à tout instant, les yeux fixés sur la lance et le regard de son adversaire.

La guerrière donna la charge la première abattant sa lance sur Séréna. Vif comme le vent, elle esquiva d'un bond en arrière. La lame de la lance fracassa le sol. Séréna contre-attaqua en fouettant son poignard sur la tête de son ennemie. Le visage casqué échappa à l'arme blanche vers le bas, et dans le mouvement la guerrière se déporta vers l'avant portant un coup au torse de Séréna avec le manche de la lance. La violence la projeta deux mètres en arrière, lui coupant la respiration. Elle échoua en appui dos avec un pilier porteur. Son adversaire sachant le coup bien porté, retourna à la charge, sa lance pointée vers le ventre exposé de Séréna. Ignorant l'air qui ne voulait plus s'insuffler dans ses poumons, elle se laissa choir au sol. La pointe brulante vint se briser et se lier au métal du pilier. Incrusté à la matière, la guerrière ne put déloger son arme du pilier. Elle enragea et se jeta sur Séréna, lui assena une multitude de coups de poing en pleine face déformant ce visage parfait. Le nez se brisa, des vaisseaux sanguins internes explosèrent laissant gicler le sang par les narines et les lèvres, les arcades éclatèrent. Le visage de Séréna n'était plus que sang. Sous la violence des coups, elle lâcha son poignard. Soudain, Alverth vint à la rescousse de son amie en se jetant sur la tigresse rouge.

_ Séréna monte sur la luge, je m'en charge, implora Alverth.

Elle se traina jusqu'à Goloth qui l'aida à monter.

Alverth portait une prise d'immobilisation et d'étouffement, dite la prise de l'ours. Mais seule l'immobilisation fonctionnait car la femme était tellement mince, fine et longiligne que son corps ne subissait aucune contrition.

_ C'est bon Alverth, vient! On est prêt à partir, hurla Goloth.

_ Oui Alverth, lâche là, on se casse, cria Otis.

Alverth relâcha sa prise et donna un coup de tête en plein front pour éloigner son adversaire.

Goloth vérifia une dernière fois que tous les mousquetons étaient liés à la luge et prépara la boucle libre pour la réception de celui d'Alverth.

Celui-ci se précipitait vers ses amis, tendit son bras valide à Goloth. Soudain, la lame du poignard de Séréna traversa le torse d'Alverth. La guerrière écarlate s'était accrochée comme une araignée dans le dos de sa victime, le transperçant mortellement.

Les visages des compagnons du génie de l'informatique se décomposèrent, de douleur, de haine et de tristesse.

Otis hurla de toutes ses trippes sa douleur.

Sans espoir pour son ami, Goloth relâcha les freins de la luge. Mais celle-ci ne roula pas. Otis s'était projeté sur l'arrière de la luge pour agripper la main d'Alverth qui dans l'inertie était parvenu jusqu'au bord de la tour, retenant le départ du frêle engin à roulettes.

_ Bon sang Otis, lâche-le! Somma Goloth.

_ Non, il nous a sauvés, il est vivant! Regarde, hurla désespérément Otis.

Dans un dernier sursaut, Alverth tapa sur la prise de main d'Otis tout en maintenant sa meurtrière dans le dos avec son autre bras. Otis lâcha son étreinte et la luge glissa le long de l'arche. Comme un signe d'adieu, Alverth érigea sa main droite haute devant lui et tomba dans le vide. La guerrière écarlate s'extirpa de la prise et parvint à rester les pieds sur la terre ferme de l'étage.

Le corps d'Alverth tomba lentement dans le vide, balloté par les forts courants d'air d'altitude qui le ramenèrent vers la façade de la tour, percuta plusieurs fois les vitres, se disloqua, se démantibula et disparut. Le hurlement d'Otis transperça les cieux de la ville. Sur la luge roulant fébrilement sur la poutre, Séréna en tête semblait KO, au milieu Otis pleurait recevant les gouttes de sang provenant du visage tuméfié de sa partenaire, derrière Goloth essayait de maitriser la trajectoire et la vitesse de la fragile embarcation.

L'entrée du tube approchait rapidement, son étroitesse était effrayante, la perspective et la vitesse faisait douter la possibilité d'y entrer au plus fort des esprits qu'était celui de Goloth.

L'architecte avait dessinée une ambitieuse et sculpturale tour. Au premier tiers de son bâtiment, il avait décidé d'installer toutes les tuyères d'aération à l'extérieure de la tour reliées chacune à leur sommet par cette poutrelle d'acier en forme d'arche. Ensuite ces tuyères emmaillotaient la base de la tour sur plus de cent mètres comme une élégante robe d'apparat. Ces tuyaux d'aération disparaissaient ensuite dans les sous-sols, relié à des centrales de traitement de l'air.

La luge s'engouffra finalement dans le tube d'acier, se courba à quatre vingt dix degré. Goloth changea le réglage des roues, au lieu d'être serré précédemment le long de la poutre, elles s'écartèrent en contact du tube. La luge glissait maintenant le long tube retenue par de puissant frein. La gravité fit son effet, les trois passagers furent délogés de la luge et se retrouvèrent suspendu, accrochés par leur corde respective fixé au châssis. Malgré le freinage contenu de la luge, Otis avait la sensation de chuter sans parachute dans le vide. Ils dégringolèrent une centaine de mètres. Au bout d'un moment de chute libre, Otis sentit ses fesses glisser contre le tube. La trajectoire du tube qui était verticale au sol commençait à s'incliner doucement. Les membres endeuillés reprirent contact avec la matière, avec le tube et glissaient comme dans un toboggan de parc aquatique. Le tube continuait son inclinaison jusqu'à être parallèle au sol. Les corps retrouvant une gravité stable ralentirent leur glissade et s'arrêtèrent à quelques mètres d'un grillage qui protégeait une importante hélice. Celle-ci tournait lentement, assurant la circulation de l'air dans la conduite. Séréna épuisée resta un moment allongée dans le tube. Goloth reprit tout de suite ses esprits et tâtonna la surface intérieur de la conduite. Il trouva l'ouverture étroite qu'il avait découpé quelques heures plutôt au chalumeau. Otis s'était relevé, les yeux hagards. Goloth le saisit par la taille, le souleva et le fit passé par le trou découpé. Il ramassa sa jeune partenaire et fit de même avec elle. Lui eut plus de difficulté à s'extirper de cette ouverture qu'il avait finement mesurée. Cela n'empêcha pas qu'il se coupa les mains et l'épiderme des biceps avec les bords tranchants. Les fugitifs pouvaient sereinement se déclarer à l'abri pour le moment. Le groupe amputé d'un de leurs membres entrait dans le royaume incommensurable des égouts de la ville.


 

003

 

 

Les boyaux des égouts étaient d'un diamètre deux fois plus important que ceux du métro du XXIème siècle. Otis continuait à être ébahi par les échelles de dimensions disproportionnées par rapport à ce qu'il connaissait. Ces immenses volumes lui donnaient le vertige. Il suivait silencieusement les pas de Séréna. Ces yeux se brouillaient, soudain sans aucune douleur, un voile noir passa et il plongea dans un délicieux sommeil.

 

"Alors c'est lui!

-          Nos aiguilleurs avaient raison…

-          Nous l'avons trouvé à l'endroit parfaitement indiqué par Ojax; le sarcophage O10.

-          Mais comment est ce possible? Comment les services fédéraux ont-ils pu diffuser son signalement avant la procédure de résurrection.

-          Si nous le savions, nous pourrions révéler le complot au grand jour…

-          Oh! taisez-vous, il se réveille…

 

L'épais brouillard se dissipa et Otis ouvrit les yeux. Ils se posèrent en premier sur Séréna. Au premiers murmures, elle s'était penchée au-dessus de lui pour qu'il l'a voit et être rassuré.

-          Tu es revenu parmi nous, dit Séréna d'une voix douce.

-          Où sommes-nous?

-          Dans l'antre centrale de la Résistance…

-          Séréna, non! Moins il en sait pour le moment, mieux c'est pour notre sécurité, apostropha un homme trapu, bourru, au visage d'acier caché par une épaisse barbe rousse.

-          Fineley, il a le droit de savoir.

-          Nous n'avons pas encore eu le temps d'examiner son corps. Nous ne savons pas s'il renferme un système d'écoute ou de suivi à distance. Tu n'es pas assez prudente.

-          Fineley à raison, confirma Alverth. Laisse notre médecin l'examiner avant de le mettre dans la confidence.

-          D'accord, passez le au crible de toutes les ondes et rayons possible, approuva Séréna en se penchant à nouveau au-dessus de la tête de Otis. Tu verras, tu vas adorer ça.

Le groupe agglutiné autour du lit où était allongé Otis se dispersa pour le laisser seul avec le médecin clandestin. Une ravissante jeune femme blonde, voluptueuse, habillée d’une blouse noire commença à l’ausculté.

« Bonjour, je m’appelle Sullah.

Elle se munit d’un instrument électronique, l’activa et le passa à quelques centimètres de la peau tout le long du corps d’Otis. Puis elle se concentra sur l’écran d’ordinateur à côté du lit pour lire et interpréter les résultats du scanner manuel.

-          Et merde ! tu as un mouchard dans le corps…

-          Quoi ?

-          Bouge-pas ! heureusement il n’est pas actif. Mais je vais devoir l’extraire tout de suite.

-          Hein, mais où il est ?

-          Dans ton pénis, petit vénard !

-          Ce n’est pas possible, rien ne me sera épargné !

-          Baisse ton pantalon.

-          C’est pas vrai ! vous allez faire ça comment ?

-          Avec ce joli petit jouet !

Sullah prit une machine sous le lit ressemblant un peu à un aspirateur miniature en inox avec une cage et un sac transparent. De l’autre main, elle empoigna l’élastique du pantalon d’Otis et le tira jusqu’aux genoux laissant paraitre un début d’érection.

« Tant mieux, ça va me faciliter la tâche ! S’esclaffa Sullah à la vue de la rigidité.

-          Oh non ! faut que je bande dans une telle situation.

Le médecin de fortune engagea le bout du tube flexible sur le sexe d’Otis puis déclencha le processus d’aspiration.

Soudain la douleur fut atroce accompagné d’un hurlement.

Otis sentit son pubis gonflé et le déplacement d’un objet glacé le long de son pénis. La chose métallique déboula violemment dans le sac avec une gerbe de sang et de liquide séminal. Un cri de soulagement accompagna la délivrance du processus douloureux.

Le corps couvert de sueur se relâcha. Séréna entra dans la pièce inquiète en attendant les cris de douleur.

«  Qu’est-ce qu’il a ? S’écria-t-elle.

-          Un troll-radar de type pénissien !

Séréna observa l’entre-jambe encore nu d’Otis. Voyant son regard suspicieux et lui-même gêné, il remonta son pantalon à la taille.

            « Qu’est-ce qu’il va m’arriver encore ? Désespéra Otis.

Séréna se pencha au-dessus de sa tête.

            « Ce n’est que le début mon chéri ! Repose toi encore un peu. Tu devras reprendre toutes tes forces pour affronter ce nouveau monde pour toi. Et aujourd’hui, toi tu en es le centre.

-          Super, voilà que je suis le centre du monde maintenant !